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	<title>&#210; Fial Dels Carcin&#242;ls Vertuoses</title>
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		<title>&#210; Fial Dels Carcin&#242;ls Vertuoses</title>
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		<title>Anthologie des po&#232;tes Quercynois contemporains Introduction : JH. Maureille</title>
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		<dc:date>2016-06-03T17:11:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Vertut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;INTRODUCTION JVe forte pudori Sit tibi Musa lyrae sollers et cantor Apollo (1). HORACE. GEORGES DUVEAU disait volontiers que le Fran&#231;ais n'aime pas la po&#233;sie. Le fait est qu'il lit peu les po&#232;tes, qu'il les d&#233;daigne et les comprend mal. Il n'est certes pas surprenant que les po&#232;tes n'emportent pas les suffrages de la foule ; c'est plut&#244;t l'indiff&#233;rence de l'&#233;lite cultiv&#233;e qui &#233;tonne, son insensibilit&#233;, son incompr&#233;hension. Pour beaucoup, la po&#233;sie reste un exercice litt&#233;raire, un accident de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://amis-quercynois.fr/les-quercynois-leur-culture/litterature-et-poesie/anthologie-des-poetes-quercynois/" rel="directory"&gt;Anthologie des po&#232;tes Quercynois&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://amis-quercynois.fr/local/cache-vignettes/L91xH150/arton134-3ec5a.jpg?1737850518' class='spip_logo spip_logo_right' width='91' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;INTRODUCTION&lt;br class='autobr' /&gt;
JVe forte pudori&lt;br class='autobr' /&gt;
Sit tibi Musa lyrae sollers et cantor Apollo (1).&lt;br class='autobr' /&gt;
HORACE.&lt;br class='autobr' /&gt;
GEORGES DUVEAU disait volontiers que le Fran&#231;ais n'aime pas la po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait est qu'il lit peu les po&#232;tes, qu'il les d&#233;daigne et les comprend&lt;br class='autobr' /&gt;
mal. Il n'est certes pas surprenant que les po&#232;tes n'emportent pas les&lt;br class='autobr' /&gt;
suffrages de la foule ; c'est plut&#244;t l'indiff&#233;rence de l'&#233;lite cultiv&#233;e qui &#233;tonne,&lt;br class='autobr' /&gt;
son insensibilit&#233;, son incompr&#233;hension. Pour beaucoup, la po&#233;sie reste un exercice&lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;raire, un accident de l'adolescence. Aucun vers ne chante dans leur&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;moire d'homme : il ne leur revient sur les l&#232;vres, par hasard, que des r&#233;miniscences&lt;br class='autobr' /&gt;
scolaires et quelles r&#233;miniscences ! Des souvenirs d'&#233;cole, des jugements&lt;br class='autobr' /&gt;
tout faits, des formules st&#233;r&#233;otyp&#233;es et vaines qui ne trahissent jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
un sentiment personnel, une adh&#233;sion intime. Les plus sensibles se satisfont&lt;br class='autobr' /&gt;
ais&#233;ment d'un ronron sentimental de mauvaise qualit&#233;. Faut-il encore qu'il soit&lt;br class='autobr' /&gt;
emprisonn&#233; dans des m&#232;tres classiques et soutenu par la raison : le po&#232;te ne&lt;br class='autobr' /&gt;
peut s'&#233;garer dans les r&#233;gions trop myst&#233;rieuses du monde et de l'&#234;tre, dans ces&lt;br class='autobr' /&gt;
domaines du merveilleux qui sont pr&#233;cis&#233;ment la patrie des Muses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien sont capables de lire, dans le ravissement, les plus beaux vers de&lt;br class='autobr' /&gt;
Racine ou de Verlaine, ou seulement de Francis Jammes ? Combien ont envie&lt;br class='autobr' /&gt;
de conna&#238;tre le Dante ou Shakespeare ou Goethe ? Les grands Livres Po&#233;tiques&lt;br class='autobr' /&gt;
de la Bible ne les touchent point ; ils les laissent aussi insensibles que les &#233;mouvantes&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ussites &#8226; des b&#226;tisseurs de cath&#233;drales en des si&#232;cles d'ardente foi. De&lt;br class='autobr' /&gt;
quelle foi br&#251;lent-ils donc, ces hommes, qui acceptent d'un coeur l&#233;ger les&lt;br class='autobr' /&gt;
trahisons du mauvais go&#251;t dans la sculpture et la peinture religieuses, ou la&lt;br class='autobr' /&gt;
liturgie, ou l'&#233;criture sainte ? Prenons une Bible et cherchons le Cantique des&lt;br class='autobr' /&gt;
Cantiques, traduit &#224; l'usage des Fran&#231;ais pieux. Il faut conclure, avec Georges&lt;br class='autobr' /&gt;
Duveau, que le Fran&#231;ais n'aime pas la po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette constatation nous navrait nagu&#232;re ; elle nous &#233;tait intol&#233;rable. Aussi,&lt;br class='autobr' /&gt;
quand nous d&#233;cid&#226;mes en 1932-33 de faire participer une province fran&#231;aise&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la vie politique et litt&#233;raire de notre temps, en cr&#233;ant &#224; Cahors le M&#226;t de&lt;br class='autobr' /&gt;
cocagne, nous f&#251;mes d'accord, Georges Duveau et moi, pour donner aux po&#232;tes&lt;br class='autobr' /&gt;
une place de choix dans la revue. Notre entreprise fit scandale bien que les&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;tes que nous pr&#233;sentions n'eussent pas d'audaces excessives. Jules Supervielle,&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Follain, Pierre Menanteau, Maurice Fombeure, Georges Cazenave,&lt;br class='autobr' /&gt;
Guy de la Mothe, Louis Emi&#233;... pouvaient &#234;tre compris, aim&#233;s de tous. Follain&lt;br class='autobr' /&gt;
inaugura la revue par un mod&#232;le de simplicit&#233; po&#233;tique : L'Epicier.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;picier, &#233;poux de l'&#233;pici&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec sa serpilli&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ses doigts de crabe laineux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vend des pois chiches,&lt;br class='autobr' /&gt;
A la saison pluvieuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis ces grains de riz des Carolines,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dents d'Andalouse,&lt;br class='autobr' /&gt;
(i) Qu'on n'aille pas rougir de la Muse adroite &#224; manier la lyre ni d'Apollon musicien.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 ANTHOLOGIE DES POETES QUERCYNC&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis la pipe en'sucre rouge,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui ; dans la ville o&#249; la b&#226;tisse cro&#238;t,&lt;br class='autobr' /&gt;
Transfigure&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfant &#224; capuchon du cr&#233;puscule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce po&#232;me, comme les suivants, surprit et fit sourire. Nous nous effor&#231;ioi&lt;br class='autobr' /&gt;
cependant de bien pr&#233;senter nos po&#232;tes et de dire &#224; nos lecteurs comment&lt;br class='autobr' /&gt;
fallait les lire. Nos lecteurs s'ent&#234;taient dans leurs souvenirs d'&#233;cole, fret&lt;br class='autobr' /&gt;
terre-&#224;-terre, leur parti-pris. Ce que nous offrions n'&#233;tait pas pour eux de 1&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans ont pass&#233; qui ont chang&#233; bien des choses dans le monde. De cruel&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#233;nements nous ont oblig&#233;s &#224; faire oraison, &#224; chercher en nous et autour d&lt;br class='autobr' /&gt;
nous de nouvelles raisons de vivre. On accorde aujourd'hui plus de cr&#233;dit au :&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;tes, on est moins choqu&#233; par leurs audaces, on les suit avec plus de complaisance&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les voies du merveilleux. En veut-on une preuve ? une seule&lt;br class='autobr' /&gt;
Le succ&#232;s de P&#233;guy. Les po&#232;tes eux-m&#234;mes rompent avec les disciplines qu.&lt;br class='autobr' /&gt;
retenaient leur lyrisme il y a peu. Ils vont loin, trop loin dans leur z&#232;le r&#233;formateur,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais il ne faut pas s'en plaindre. Une renaissance suppose une rupture&lt;br class='autobr' /&gt;
des balbutiements, du d&#233;sordre. Une r&#233;volution est n&#233;cessaire &#224; la po&#233;sie, comme&lt;br class='autobr' /&gt;
elle l'est &#224; la politique : il faut cr&#233;er un homme nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne soyons pas surtout effray&#233;s par les d&#233;sordres de cette r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessaire. Aidons-la plut&#244;t &#224; fixer ses disciplines. Et, d'abord, essayons de&lt;br class='autobr' /&gt;
dissiper les malentendus.&lt;br class='autobr' /&gt;
QU'EST-CE que la po&#233;sie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233; cette question n'est pas nouvelle et beaucoup ont&lt;br class='autobr' /&gt;
essay&#233; d'y r&#233;pondre depuis qu'il y a des po&#232;tes. Parce que leurs r&#233;ponses&lt;br class='autobr' /&gt;
sont imparfaites ou diff&#233;rentes, certains en concluent que la po&#233;sie est ind&#233;finissable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; le premier malentendu &#224; dissiper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;finition, qui est une proposition simple et pr&#233;cise par laquelle on&lt;br class='autobr' /&gt;
exprime les caract&#232;res essentiels d'une chose ou d'un &#234;tre, n'&#233;claire jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
compl&#232;tement le sujet. Est-ce qu'on est bien renseign&#233; sur l'homme quand on&lt;br class='autobr' /&gt;
l'a d&#233;fini un animal raisonnable, ou un animal religieux ? Le Fran&#231;ais, qui a&lt;br class='autobr' /&gt;
la manie de l'id&#233;e claire, la manie de la logique, se contente trop souvent d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finition dans la forme aristot&#233;licienne qui lui permet de classer une chose ou&lt;br class='autobr' /&gt;
un &#234;tre. Or, il s'agit de conna&#238;tre et non de classer. Le genre prochain et la&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rence sp&#233;cifique ne suffisent pas &#224; la connaissance v&#233;ritable. Il faut aller&lt;br class='autobr' /&gt;
plus avant dans l'intimit&#233; du sujet. Ce n'est qu'&#224; ce prix qu'on d&#233;couvre ce qu'il&lt;br class='autobr' /&gt;
est, ce qu'il comprend de clart&#233;s et de myst&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La po&#233;sie n'&#233;chappe pas au pouvoir de l'investigation raisonnable. Tant pis&lt;br class='autobr' /&gt;
si l'on ne peut tout &#233;treindre, tout expliquer. On peut se tenir pour satisfait&lt;br class='autobr' /&gt;
lorsqu'on a limit&#233; le domaine du myst&#232;re et qu'on l'a fait sien.&lt;br class='autobr' /&gt;
La po&#233;sie est l'art des vers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; une d&#233;finition pr&#233;cise, simple et claire, mais qui ne dit rien. Elle n'a&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me pas de verbe, ce terme de la proposition qui est le Mot par excellence, le&lt;br class='autobr' /&gt;
mot essentiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit dictionnaire Larousse propose le verbe faire : la po&#233;sie serait l'art&lt;br class='autobr' /&gt;
de faire des vers. On peut, avec de l'habilet&#233; et de l'habitude, composer des vers&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une m&#233;trique rigoureuse, des vers sans d&#233;faut. De toute &#233;vidence on n'est pas&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;te pour cela. Le serait-on que le verbe faire n'&#233;clairerait pas beaucoup la&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finition de la po&#233;sie. Paul Val&#233;ry le sent bien qui s'applique &#224; en compl&#233;ter le&lt;br class='autobr' /&gt;
sens, &#224; en augmenter le r&#244;le. &#171; Le faire, &#233;crit-il dans son Introduction &#224; la Po&#233;tique,&lt;br class='autobr' /&gt;
le po&#239;ein, dont je veux m'occuper, est celui qui s'ach&#232;ve en quelque oeuvre &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION&lt;br class='autobr' /&gt;
patience et de m&#251;rir en attendant. &#171; Vires acquirit tacendo (1), c'est aujourd'hui&lt;br class='autobr' /&gt;
la meilleure devise. &#187; J'ajouterai volontiers que c'est la devise de tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
temps. Le g&#233;nie est, &#224; bien des &#233;gards, une longue patienct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Val&#233;ry en appelle au t&#233;moignage des Anciens et de nos plus illustres&lt;br class='autobr' /&gt;
auteurs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les reprises d'un ouvrage, les repentirs, les ratures, et enfin les progr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
marqu&#233;s par les oeuvres successives, montrent bien que la part de l'arbitraire,&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'impr&#233;vu, de l'&#233;motion, et m&#234;me celle de l'intention actuelle n'est pr&#233;pond&#233;rante&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'en apparence. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son excellente Introduction &#224; la Po&#233;sie Fran&#231;aise Thierry Maulnier ne&lt;br class='autobr' /&gt;
veut pas que toute la po&#233;sie soit dans une forme insignifiante et il limite la part&lt;br class='autobr' /&gt;
du m&#233;tier qu'il appelle si heureusement le travail du style. &#171; Le travail du style,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crit-il, n'est rien que l'op&#233;ration qui consiste &#224; charger de sens le langage. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est rien que cela, soit. Mais quelle part consid&#233;rable !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme de m&#233;tier, f&#251;t-il excellent, ne peut &#234;tre qu'un bon copiste, un bon&lt;br class='autobr' /&gt;
faiseur de vers, sa part personnelle dans l'oeuvre est extr&#234;mement r&#233;duite et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'inf&#233;rieure qualit&#233;. Au-dessus de l'artisan qui manie bien l'outil, il y a l'artiste&lt;br class='autobr' /&gt;
pour qui l'outil n'est que l'instrument de sa cr&#233;ation, et dont l'oeuvre porte la&lt;br class='autobr' /&gt;
marque d'une intervention personnelle beaucoup plus grande et incomparablement&lt;br class='autobr' /&gt;
sup&#233;rieure. L'artisan est un bon ouvrier ; l'artiste est un cr&#233;ateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais un cr&#233;ateur de quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne voudrais pas m'engager dans des discussions scolastiques sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
forme. Je me bornerai &#224; d&#233;finir ma position apr&#232;s avoir avanc&#233; que l'artiste est&lt;br class='autobr' /&gt;
un cr&#233;ateur de formes et ne peut &#234;tre que cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Phormos en grec, forma en latin, signifiaient proprement panier. La forme&lt;br class='autobr' /&gt;
est le contenant par opposition au contenu. C'est l'apparence, la manifestation&lt;br class='autobr' /&gt;
sensible d'une r&#233;alit&#233; insaisissable, esprit ou mati&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je pense, dit Descartes, donc je suis &#187;. La pens&#233;e est la forme de l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots, par lesquels nous exprimons nos id&#233;es, nos sentiments, ne sont que&lt;br class='autobr' /&gt;
des formes secondes. C'est par les id&#233;es et les sentiments, dont nous sommes les&lt;br class='autobr' /&gt;
ma&#238;tres, que nous nous exprimons d'abord. Nous n'ajoutons rien &#224; l'esprit, nous&lt;br class='autobr' /&gt;
ne cr&#233;ons pas d'autres &#234;tres : nous nous bornons &#224; correspondre avec eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en est de m&#234;me dans le domaine naturel o&#249; la forme est l'aspect sensible&lt;br class='autobr' /&gt;
de la mati&#232;re. Lavoisier a d&#233;couvert que dans la Nature rien ne se perd ni rien&lt;br class='autobr' /&gt;
ne se cr&#233;e : tout se transforme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que fait le po&#232;te consid&#233;r&#233; comme un cr&#233;ateur de forme ? Il exprime dans&lt;br class='autobr' /&gt;
une oeuvre son infinie richesse personnelle en m&#234;me temps qu'il affirme son.&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir de cr&#233;ation ; il use des mots du langage pour se faire conna&#238;tre. Recevoir&lt;br class='autobr' /&gt;
son message, c'est se reconna&#238;tre dans son oeuvre, correspondre avec son&lt;br class='autobr' /&gt;
moi le plus intime et s'enrichir de tout ce qu'il donne. La clef du probl&#232;me de&lt;br class='autobr' /&gt;
la valeur morale de la po&#233;sie que pose la catharsis d'Aristote est dans cette communion&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#234;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, les formes cr&#233;&#233;es enrichissent consid&#233;rablement le patrimoine&lt;br class='autobr' /&gt;
spirituel des hommes. La po&#233;sie est un excellent instrument de civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est pourquoi, dit Horace, la gloire et le nom de divins furent acquis aux&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;tes inspir&#233;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de l'art pour l'art, qui pr&#233;tend exclure toute intention personnelle,&lt;br class='autobr' /&gt;
est une imposture. La po&#233;sie impersonnelle est un non-sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'est-ce pas Paul Eluard lui-m&#234;me qui cite Andr&#233; Breton ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si je puis successivement faire parler par ma propre bouche l'&#234;tre le&lt;br class='autobr' /&gt;
plus riche et l'&#234;tre le plus pauvre du monde, l'aveugle et l'hallucin&#233;, l'&#234;tre le&lt;br class='autobr' /&gt;
plus craintif et l'&#234;tre le plus mena&#231;ant, comment admettrai-je que cette voix&lt;br class='autobr' /&gt;
qui est, en-d&#233;finitive, seulement la mienne,, me vienne de lieux o&#249; il me faut,&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le commun des mortels, d&#233;sesp&#233;rer d'avoir acc&#232;s ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
l.i) Ti acquiert des forces en se taisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
8 ANTHOLOGIE DES POETES QUERCYNOIS&lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, une oeuvre ne peut servir de message entre un &#234;tre et un autre&lt;br class='autobr' /&gt;
que si l'on y d&#233;couvre le cr&#233;ateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si le rire r&#233;pond au rire sur le visage des hommes, dit Horace, les larmes&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi y trouvent de la sympathie. Si vous voulez que je pleure, commencez par&lt;br class='autobr' /&gt;
ressentir vous-m&#234;me de la douleur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Boileau :&lt;br class='autobr' /&gt;
C'eut peu d'&#234;tre po&#232;te, il faut &#234;tre amoureux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ha&#239;s ces vains auteurs dont la -muse forc&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
M'entretient de ses feux ? toujours froide et glac&#233;e ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui s'afflige par art, et, fous de sens rassis,&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#233;rigent pour rimer en amoureux transis,&lt;br class='autobr' /&gt;
Leurs transports les plus doux ne sont que phrases vaines...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je m'efforce de n'oublier jamais, dit Paul Val&#233;ry, que chacun est la&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure, des choses. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Br&#233;mond est cat&#233;gorique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lyrisme, mise en branle du moi profond, et po&#233;sie, cela ne fait qu'un. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#234;tre, qui est au centre de toutes nos pr&#233;occupations, a plus d'un instrument&lt;br class='autobr' /&gt;
pour s'exprimer en cr&#233;ant des formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'art, dit Bergson, est une vision de la r&#233;alit&#233; plus profonde que celle&lt;br class='autobr' /&gt;
que nous donne notre intelligence. Il &#233;carte l'utile, la convention, tout ce qui&lt;br class='autobr' /&gt;
masque la r&#233;alit&#233;, pour nous mettre en face de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on n'a trop souvent retenu que l'intelligence et cette vari&#233;t&#233; d'intelligence&lt;br class='autobr' /&gt;
vulgaire qu'on appelle le bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bon sens, dit Horace, est le principe et la source de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Boileau :&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout doit tendre au bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renan, au contraire, fait remarquer que &#171; tout est f&#233;cond, except&#233; le bon&lt;br class='autobr' /&gt;
sens &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il ajoute, non sans v&#233;h&#233;mence :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le proph&#232;te, l'ap&#244;tre, le po&#232;te des premiers &#226;ges passeraient pour des&lt;br class='autobr' /&gt;
fous au milieu de la terne m&#233;diocrit&#233; o&#249; s'est enferm&#233;e la vie humaine. Je vous&lt;br class='autobr' /&gt;
demande pourtant si ces hommes ne sont pas plus pr&#232;s de Dieu qu'un .bourgeois&lt;br class='autobr' /&gt;
bien positif, tout racorni au fond de sa boutique. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme con&#231;oit, raisonne et juge ; mais il aime aussi, il hait, il souffre, il&lt;br class='autobr' /&gt;
tremble et frissonne, il a peur, il admire, il esp&#232;re, il communie avec son Dieu et&lt;br class='autobr' /&gt;
avec l'esprit du monde. S'exprimer pour lui, c'est &#234;tre tout cela dans une multitude&lt;br class='autobr' /&gt;
infinie de formes. Un cri le renseigne plus s&#251;rement qu'un mot du langage&lt;br class='autobr' /&gt;
intelligible. Et la musique le transporte bien au del&#224; du monde pens&#233; avec&lt;br class='autobr' /&gt;
des mots. Saint Augustin ne pouvait plus r&#233;citer de pri&#232;re d&#232;s qu'il entendait&lt;br class='autobr' /&gt;
de la musique religieuse. La musique devenait sa pri&#232;re : elle le mettait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
intimement en relation avec Dieu. ,&lt;br class='autobr' /&gt;
La po&#233;sie a des vertus analogues. Elle permet &#224; l'&#234;tre de s'exprimer bien&lt;br class='autobr' /&gt;
plus compl&#232;tement et bien mieux qu'avec les mots du langage courant. Le po&#232;te&lt;br class='autobr' /&gt;
use de ces mots, mais il les choisit, les arrange et les charge de pouvoirs. Il faut&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'imagerie des mots sugg&#232;re, pour la recr&#233;er, la vision du po&#232;te ; que son&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;motion s'&#233;panche dans la musique des mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thierry Maulnier remarque justement que &#171; le po&#232;te usant des mots pour&lt;br class='autobr' /&gt;
dire, non pas leur sens seulement, mais au del&#224; de leur sens, leur correspondance&lt;br class='autobr' /&gt;
incantatoire au monde qu'ils ont charge de ma&#238;triser, on peut le d&#233;finir comme&lt;br class='autobr' /&gt;
l'homme qui se sert des mots, non pas seulement selon leur sens, mais selon,&lt;br class='autobr' /&gt;
leur pouvoir. Dans les mains du po&#232;te, la prise du langage sur le monde est&lt;br class='autobr' /&gt;
magique, et non logique seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION&lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Br&#233;mond parle aussi de la magie du langage po&#233;tique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les mots de la po&#233;sie ont une double fonction, une double vertu. Le&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;te, qui est bien oblig&#233; de les employer, les prend tels qu'ils sont, il attend&lt;br class='autobr' /&gt;
d'eux le service qu'un mot &#034;peut rendre : &#233;voquer telle ou telle id&#233;e. Mais, tout&lt;br class='autobr' /&gt;
en les employant de la sorte... le po&#232;te imprime &#224; ces m&#234;mes mots une vertu&lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle, qui ne leur appartient pas en propre, que nulle convention ne pourrait&lt;br class='autobr' /&gt;
leur assigner. Vertu que nous appelons magique, soit pour la distinguer de&lt;br class='autobr' /&gt;
la vertu naturelle des mots, soit pour symboliser l'&#233;trange pouvoir que, le po&#232;te&lt;br class='autobr' /&gt;
leur conf&#232;re, ce pouvoir de rayonnement, de contagion, qui fait que rien qu'&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
entendre ces mots, nous nous trouvons soudain, non pas seulement enrichis des&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es que ces mots transmettent, mais remu&#233;s dans nos profondeurs. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pouvoir d'interpr&#233;ter les choses, cette magie, est le privil&#232;ge sp&#233;cifique&lt;br class='autobr' /&gt;
de la po&#233;sie qui nous fait p&#233;n&#233;trer plus avant que la raison dans le secret du&lt;br class='autobr' /&gt;
monde et des &#234;tres, si pr&#232;s de leur r&#233;alit&#233; qu'on a le sentiment intime du contact,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la possession. La po&#233;sie pure serait celle qui nous mettrait directement,&lt;br class='autobr' /&gt;
sans le secours d'aucune fable, ni d'aucun artifice litt&#233;raire, en contact avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233;. J'emploie un conditionnel &#224; dessein, car je pense comme Henri Br&#233;mond&lt;br class='autobr' /&gt;
que la po&#233;sie pure est une abstraction, qu'il n'y a rien au monde qui ne soit&lt;br class='autobr' /&gt;
que po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut poser ici un probl&#232;me de qualit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des po&#232;mes qui sont bons, d'autres qui le sont moins, d'autres encore&lt;br class='autobr' /&gt;
qui sont franchement mauvais ; certains nous &#233;meuvent et nous transportent,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres nous laissent indiff&#233;rents ou nous d&#233;plaisent. De quel droit pouvonsnous&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi juger la po&#233;sie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Juger, c'est comparer et choisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas difficile de juger dans la mesure o&#249; la po&#233;sie est une technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lois &#233;tablissent des rapports constants entre ph&#233;nom&#232;nes &#233;trangers &#224; l'homme,&lt;br class='autobr' /&gt;
ou ce sont des lois de d&#233;finition qui ont la m&#234;me valeur pour tous. Une&lt;br class='autobr' /&gt;
syllabe est longue ou br&#232;ve, muette ou accentu&#233;e ; on peut ais&#233;ment dire si un&lt;br class='autobr' /&gt;
vers est faux, une rime riche, une c&#233;sure mal plac&#233;e, un mot impropre, une&lt;br class='autobr' /&gt;
phrase sans harmonie, si un sonnet est bien construit, d'apr&#232;s les r&#232;gles du genre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La difficult&#233; commence d&#232;s que l'on consid&#232;re la po&#233;sie comme un art,&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire une technique mise en oeuvre par un homme. Un alexandrin de&lt;br class='autobr' /&gt;
onze pieds est un vers faux pour tout le monde, mais un vers plat, banal, grossi&#232;rement&lt;br class='autobr' /&gt;
tourn&#233;, un vers ar&#232;ne par l'emphase, n'est pas &#233;galement mauvais&lt;br class='autobr' /&gt;
pour tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est toutefois assez facile de juger une oeuvre ainsi comprise en la comparant&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; d'autres dont on reconna&#238;t la perfection, en rattachant l'auteur &#224; ses&lt;br class='autobr' /&gt;
ma&#238;tres. Le vocabulaire est plus ou moins riche, le style ch&#226;ti&#233;, l'expression&lt;br class='autobr' /&gt;
heureuse, l'arrangement des mots harmonieux, le vers charg&#233; de po&#233;sie ; l'auteur&lt;br class='autobr' /&gt;
a montr&#233; une habilet&#233; plus ou moins grande &#224; s'exprimer, &#224; nous &#233;mouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La difficult&#233; s'accro&#238;t singuli&#232;rement lorsque la part de l'homme tient une&lt;br class='autobr' /&gt;
grande place dans l'oeuvre, car le jugement ne porte pas seulement sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
chose cr&#233;&#233;e ; il porte aussi sur le cr&#233;ateur, sur ses intentions, ses trouvailles, sa&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ussite. Il faut n&#233;cessairement que l'homme qui juge se rencontre et se&lt;br class='autobr' /&gt;
mesure avec l'homme qui cr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une oeuvre n'est bonne que dans la mesure o&#249; le cr&#233;ateur s'y exprime&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une fa&#231;on assez parfaite pour que le juge s'y reconnaisse ; quand l'accord&lt;br class='autobr' /&gt;
entre les deux &#234;tres se fait au del&#224; des formes cr&#233;&#233;es. Le langage courant traduit&lt;br class='autobr' /&gt;
bien cette id&#233;e : on dit commun&#233;ment que l'on aime Baudelaire ou Villon&lt;br class='autobr' /&gt;
et non que l'on aime leurs po&#232;mes. Qu'on se rappelle Une soir&#233;e perdue et le&lt;br class='autobr' /&gt;
mot de Musset au sujet de Moli&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce assez d'admirer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
10 ANTHOLOGIE DES POETES QUERCYNOIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque juge et cr&#233;ateur n'ont pas les m&#234;mes soucis, les m&#234;mes d&#233;sirs,&lt;br class='autobr' /&gt;
la m&#234;me intelligence des &#234;tres et des choses, la m&#234;me sensibilit&#233;, la m&#234;me culture,&lt;br class='autobr' /&gt;
ou la m&#234;me foi, les rencontres sont difficiles, sinon impossibles, les risques&lt;br class='autobr' /&gt;
de malentendus nombreux et les malentendus graves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des po&#232;tes trop subtils pour certains ; il en est d'autres qui expriment&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#233;tats d'&#226;me &#233;trangers &#224; la foule. Il faut prendre son parti de la relativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des jugements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup pensent que le po&#232;te n'int&#233;resse qu'une minorit&#233;. C'est exact,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais en partie seulement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le langage courant suffit aux besoins courants de l'homme : la po&#233;sie est&lt;br class='autobr' /&gt;
en quelque sorte un luxe. Elle ne vise pas &#224; l'utile, qui est la seule pr&#233;occupation&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un grand nombre. Ses d&#233;bats ont lieu dans des r&#233;gions o&#249; ne fr&#233;quente&lt;br class='autobr' /&gt;
pas habituellement la foule. Au fur et &#224; mesure que la po&#233;sie s'&#233;pure, que le&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;te s'exprime plus subtilement, que ses colloques avec l'Univers .et Dieu se&lt;br class='autobr' /&gt;
singularisent, son cercle d'auditeurs se restreint. Mais il serait faux de croire&lt;br class='autobr' /&gt;
que la po&#233;sie n'est r&#233;serv&#233;e qu'&#224; un petit nombre d'initi&#233;s : elle peut toucher le&lt;br class='autobr' /&gt;
plus humble des hommes, le plus fruste. Il serait &#233;galement faux de croire&lt;br class='autobr' /&gt;
que la qualit&#233; de la po&#233;sie est en raison inverse du nombre de ses fervents. Il y&lt;br class='autobr' /&gt;
a un domaine o&#249; l'&#234;tre se meut et s'exprime p&#233;niblement, o&#249; les rencontres entre&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ateur et juge sont rares et difficiles. Cette po&#233;sie n'est pas n&#233;cessairement la&lt;br class='autobr' /&gt;
meilleure, quelles que soient la hauteur de ses vues et sa richesse verbale. Qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
relise- la Ballade que fit Villon &#224; la requ&#234;te de sa m&#232;re pour prier Notre Dame :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dame du ciel, r&#233;gente terrienne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Emp&#233;ri&#232;re des infernaux paluz...&lt;br class='autobr' /&gt;
ou la Chanson de Barberine, de Musset :&lt;br class='autobr' /&gt;
Beau chevalier qui partez pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'allez-vous faire&lt;br class='autobr' /&gt;
Si loin d'ici ?...&lt;br class='autobr' /&gt;
guerre,&lt;br class='autobr' /&gt;
La preuve est faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kleber Haedens remarque qu'il n'a jamais entendu un ami des surr&#233;alistes&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;citer des po&#232;mes d'Andr&#233; Breton pour prouver leur beaut&#233; : qu'il n'a jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
entendu dire, &#224; br&#251;le-pourpoint, ce qu'on est convenu d'appeler., des vers libres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en conclut, avec beaucoup de prudence, il est vrai, qu'on ne joue pas impun&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
avec les r&#232;gles formelles et qu'il faut, selon le pr&#233;cepte de Ch&#233;nier, sur&lt;br class='autobr' /&gt;
des pensers nouveaux faire des vers antiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces observations sont certes pertinentes, mais il faut bien se garder d'en&lt;br class='autobr' /&gt;
tirer des conclusions d&#233;finitives. Je connais des admirateurs de Paul Fort qui&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent r&#233;citer impromptu Monsieur le Cur&#233; de Langrune-sur-Mer :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand les terres labour&#233;es sont violettes de chaleur aux beaux soirs de la&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;uni-automne, M. le Cur&#233; de Langrune-sur-Mer, bedon pensif et trogne rouge,&lt;br class='autobr' /&gt;
son br&#233;viaire en main o&#249; le soleil d&#233;cline, empourprant les pages sous son pouce,&lt;br class='autobr' /&gt;
M. le Cur&#233;, M. le Recteur, prom&#232;ne ses yeux d'absinthe douce sur la terre violette&lt;br class='autobr' /&gt;
et qui fleure... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
et des admirateurs d'Apollinaire, La Jolie Rousse :&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons vous donner de vastes et d'&#233;tranges domaines,&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; le myst&#232;re en fleurs s'offre &#224; qui veut le cueillir,&lt;br class='autobr' /&gt;
II y a l&#224; des feux nouveaux, des couleurs jamais vues,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mille phantasmes impond&#233;rables,&lt;br class='autobr' /&gt;
Auxquels il faut donner de la r&#233;alit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons explorer la bont&#233;, contr&#233;e &#233;norme o&#249; tout se tait...&lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION 11&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, la forme r&#233;guli&#232;re aide la m&#233;moire, mais il ne s'agit pas seulement&lt;br class='autobr' /&gt;
de m&#233;moire lorsqu'on aborde les po&#232;tes surr&#233;alistes. Ils se sont donn&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pour mission de s'exprimer sans fard, dans une d&#233;concertante spontan&#233;it&#233;, et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'annexer &#224; la po&#233;sie les &#233;tranges contr&#233;es qu'ils d&#233;couvrent. Leur vision du&lt;br class='autobr' /&gt;
monde leur est aussi personnelle que leur langage. Toute rencontre, avec eux,&lt;br class='autobr' /&gt;
est &#224; peu pr&#232;s impossible. A peine peut-on les reconna&#238;tre 'de loin, pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
saluer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le po&#232;te s'exprime avec plus ou moins de spontan&#233;it&#233;, de sinc&#233;rit&#233;, de&lt;br class='autobr' /&gt;
bonheur dans l'expression ; sa veine po&#233;tique n'est pas toujours &#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; II semble, dit Kleber Haedens, qu'il soit oblig&#233; de passer par des zones&lt;br class='autobr' /&gt;
d'ombre o&#249; les mots, les id&#233;es et les formes restent sourds &#224; son appel... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Horace, lui, regrettait les imperfections de l'excellent Hom&#232;re, mais il ajoutait&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; qu'il est permis, dans un long travail, de se laisser surprendre par le sommeil&lt;br class='autobr' /&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il arrive aussi au lecteur, c'est-&#224;-dire au juge, de descendre des hauteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
du Parnasse et de go&#251;ter avec plus de libert&#233;, plus d'abandon, une po&#233;sie&lt;br class='autobr' /&gt;
plus famili&#232;re. La Muse qui a quitt&#233; le cothurne pour le brodequin n'en est pas&lt;br class='autobr' /&gt;
moins une Muse. Une Muse digne d'attention.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours &#233;t&#233; un peu scandalis&#233; par ces censeurs qui frappent d'interdit&lt;br class='autobr' /&gt;
les po&#232;tes que ne soul&#232;vent pas de grands souffles. Il ne leur est donc jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
arriv&#233; d'&#234;tre &#233;mus par l'accord&#233;on d'une guinguette ou le trombone d'un aveugle&lt;br class='autobr' /&gt;
au coin d'une rue ? Il me souvient d'avoir entendu un jour, &#224; Luxembourg,&lt;br class='autobr' /&gt;
un orgue de Barbarie. Mon ami, excellent musicien, &#233;tait plus &#233;mu que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il l'&#233;tait sans aucune g&#234;ne, ni fausse honte, comme je le suis moi-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
quand chante dans ma m&#233;moire une ode funambulesque de Banville ou une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; n&#233;vrose &#187; de Rollinat. Paul Claudel peut l&#233;gitimement aimer Edmond Rostand&lt;br class='autobr' /&gt; : sa pr&#233;dilection ne prouve rien contre son bon go&#251;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque A. de Monzie, dans sa P&#233;tition pour l'Histoire, veut rappeler la&lt;br class='autobr' /&gt;
ferveur populaire pour l'Empereur, lors du retour de ses cendres, il pense tout&lt;br class='autobr' /&gt;
naturellement &#224; une chanson de B&#233;ranger :&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il va lentement le navire&lt;br class='autobr' /&gt;
A qui j'ai confi&#233; mon sort !&lt;br class='autobr' /&gt;
Au rivage o&#249; mon coeur aspire,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il est lent &#224; trouver un port !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et on regrette avec lui que nagu&#232;re aucun po&#232;te n'ait pu r&#233;&#233;diter cette&lt;br class='autobr' /&gt;
tendre complainte au b&#233;n&#233;fice d'une ombre filiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a transform&#233;, dit-il, une offrande magnifique en badinage fun&#232;bre,&lt;br class='autobr' /&gt;
par &#233;troitesse de sensibilit&#233;, par refus de grandeur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut donc trouver tout cela dans une chanson de B&#233;ranger ? Mais oui,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais oui. J'ai entendu Mme Dussane r&#233;citer des vers de B&#233;ranger devant un&lt;br class='autobr' /&gt;
public cultiv&#233;, qui &#233;tait &#233;mu aux larmes. Car voici encore une v&#233;rit&#233; qu'on a&lt;br class='autobr' /&gt;
trop perdue de vue : les vers sont faits pour &#234;tre dits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sens bien ce qu'a d'imparfait, pour un esprit fran&#231;ais surtout, cette relativit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
du jugement en mati&#232;re de po&#233;sie. Il faudrait un crit&#232;re d&#233;fini, immuable,&lt;br class='autobr' /&gt;
infaillible. On a donn&#233; un nom &#224; ce crit&#232;re : le Beau. Mais qu'est-ce que le&lt;br class='autobr' /&gt;
Beau ? Je tente une d&#233;finition, par jeu, car le Beau d&#233;fini, il restera toujours &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appr&#233;cier personnellement, c'est-&#224;-dire relativement. La Beaut&#233; est dans l'ordre&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me du monde : c'est la forme de la V&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est peut-&#234;tre plus sage d'&#233;couter les po&#232;tes eux-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 ANTHOLOGIE DES POETES QUERCYNOIS&lt;br class='autobr' /&gt;
NOUS avons r&#233;uni dans cette anthologie tous les po&#232;tes quercynois contemporains&lt;br class='autobr' /&gt;
de langue d'oc et de langue d'oui, actuellement vivants, que&lt;br class='autobr' /&gt;
nous avons pu .toucher. Nous avons exig&#233; seulement qu'ils aient d&#233;j&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
publi&#233; des vers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le floril&#232;ge que nous pr&#233;sentons est int&#233;ressant &#224; bien des titres. Il prouve&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abord, j'ai h&#226;te de le dire, qu'il y a dans nos provinces de pr&#233;cieuses ressources&lt;br class='autobr' /&gt;
d'intelligence et de talent. Pourquoi les a-t-on jusqu'ici si sottement&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;glig&#233;es ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est bon bec que de Paris,&lt;br class='autobr' /&gt;
disait Villon. Mais c'&#233;tait peur c&#233;l&#233;brer, non sans malice, les belles discoureuses&lt;br class='autobr' /&gt;
de la capitale. On a singuli&#232;rement abus&#233; du propos en le faisant servir &#224; d'autres&lt;br class='autobr' /&gt;
fins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun des po&#232;tes de cette anthologie n'est m&#233;diocre : certains peuvent &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
compar&#233;s aux meilleurs. Je n'ai pas l'intention d'&#233;tablir un palmar&#232;s. Mais il me&lt;br class='autobr' /&gt;
sera bien permis de dire que le Quercy s'enorgueillit d'avoir actuellement notre&lt;br class='autobr' /&gt;
plus grand po&#232;te de langue d'oc : Antonin Perbosc, et ce ma&#238;tre : Jules Cubaynes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des hommes comme eux qui pr&#233;parent modestement, trop modestement,&lt;br class='autobr' /&gt;
et notre renaissance po&#233;tique, et notre renaissance nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la province, cette chair vivante de la France, n'isole pas ses fils dans&lt;br class='autobr' /&gt;
la nation. Les po&#232;tes quercynois ont toutes les qualit&#233;s et tous les d&#233;fauts des&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;tes fran&#231;ais ; rien qu'avec eux, on pourrait faire l'histoire de la po&#233;sie fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains sont rest&#233;s fid&#232;les aux disciplines classiques ; d'autres se rattachent&lt;br class='autobr' /&gt;
plus ou moins directement aux romantiques, aux symbolistes, aux d&#233;cadents,&lt;br class='autobr' /&gt;
aux surr&#233;alistes ; les plus jeunes cherchent dans des formes nouvelles&lt;br class='autobr' /&gt;
une expression plus libre, plus pure, de leur sentiment po&#233;tique. Les uns et les&lt;br class='autobr' /&gt;
autres se recommandent volontiers de nos ma&#238;tres nationaux. Avec Pierre&lt;br class='autobr' /&gt;
Menanteau, on atteint &#224; une certaine perfection dans la nouveaut&#233;. Avec Yves&lt;br class='autobr' /&gt;
Salgues, le benjamin, on rejoint l'&#233;quipe des jeunes po&#232;tes &#171; qui peinent et se&lt;br class='autobr' /&gt;
cherchent &#187; (1).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les traits essentiels de leur po&#233;sie sont ceux de la po&#233;sie fran&#231;aise, c'est-&#224;dire&lt;br class='autobr' /&gt;
du caract&#232;re fran&#231;ais. Nos po&#232;tes ont l'amour du vrai, le go&#251;t de la mesure,&lt;br class='autobr' /&gt;
de la s&#233;v&#233;rit&#233;, de la rigueur, de la puret&#233;, le souci de la litt&#233;rature, la pudeur&lt;br class='autobr' /&gt;
de tout sentiment profond, et cette exquise fantaisie qui donne une gr&#226;ce incomparable&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; notre l&#233;g&#232;ret&#233; l&#233;gendaire, sur laquelle on s'est si souvent m&#233;pris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peuple, les peuples de la terre te disent l&#233;ger,&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que tu es un peuple prompt...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais moi je t'ai pes&#233;, dit Dieu, et je ne t'ai point trouv&#233; l&#233;ger.&lt;br class='autobr' /&gt;
O peuple inventeur de la cath&#233;drale, je ne t'ai point trouv&#233; l&#233;ger en foi.&lt;br class='autobr' /&gt;
O peuple inventeur de la croisade, je ne t'ai point trouv&#233; l&#233;ger en charit&#233;... (2).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos po&#232;tes ont aussi la passion de l'universel, &#224; leur mani&#232;re, qui est originale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thierry Maulnier dit justement que la po&#233;sie fran&#231;aise parcourt les grandes&lt;br class='autobr' /&gt;
routes humaines du sort, de la douleur, de la joie, &#224; grands coups d'ailes, en&lt;br class='autobr' /&gt;
effleurant soudain de son vol, au passage, les hauts probl&#232;mes et les hauts myst&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
alors qu'elle songe le moins &#224; les r&#233;soudre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos po&#232;tes ont une grande fra&#238;cheur de sentiment, une vigueur et une&lt;br class='autobr' /&gt;
libert&#233; d'inspiration d'une exceptionnelle f&#233;condit&#233;. Et cette ferveur dans l'expression&lt;br class='autobr' /&gt;
qui exalte leur lyrisme ; et ce souci de minutieuse exactitude qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
poussent jusqu'au scrupule...&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Emile Henriot.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Charles P&#233;guy&lt;br class='autobr' /&gt;
INTRODUCTION 13&lt;br class='autobr' /&gt;
II faut peut-&#234;tre faire une pla.ce &#224; part &#224; Ernest Lafon qui puise directement&lt;br class='autobr' /&gt;
son inspiration dans la terre quercynoise et nous l'offre en belles grappes&lt;br class='autobr' /&gt;
comme la vigne de nos coteaux ses beaux raisins dor&#233;s. Ernest Lafon se passe&lt;br class='autobr' /&gt;
de litt&#233;rature ; il est un authentique po&#232;te du terroir, un authentique po&#232;te&lt;br class='autobr' /&gt;
populaire. Il s'exprime, bien entendu, en langue d'oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut souligner &#224; ce sujet l'excellence des po&#232;mes en langue d'oc. L'occitan&lt;br class='autobr' /&gt;
est plus sonore, plus musical que le fran&#231;ais, mais ces richesses ne font pas&lt;br class='autobr' /&gt;
toute la qualit&#233; de l'oeuvre : elles ajoutent seulement &#224; la qualit&#233; de l'inspiration&lt;br class='autobr' /&gt;
qui permet aux po&#232;tes quercynois un contact plus &#233;troit avec le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils appr&#233;hendent. C'est tr&#232;s net chez ceux qui &#233;crivent indiff&#233;remment dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les deux langues : leurs po&#232;mes en oc sont incomparablement sup&#233;rieurs. L'occitan&lt;br class='autobr' /&gt;
est, selon la belle expression de Gustave Lafage, langue de vie. Il y a les&lt;br class='autobr' /&gt;
paysages familiers du pays dont les po&#232;tes ont appris, depuis l'enfance, les&lt;br class='autobr' /&gt;
secrets et les myst&#232;res. Mais il y a, surtout, dans leur moi profond, tout ce que&lt;br class='autobr' /&gt;
les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es y ont laiss&#233;, et qui sourd dans les mots lorsqu'ils chantent&lt;br class='autobr' /&gt;
en occitan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; un argument de poids, bien inattendu, en faveur de la langue d'oc !&lt;br class='autobr' /&gt;
, Un mot encore, au sujet des prisonniers.&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve dans les Oraisons de Jean-Louis Digot le pessimisme foncier&lt;br class='autobr' /&gt;
du po&#232;te, mais avec plus de ma&#238;trise et de virilit&#233; que jadis. De la sinc&#233;rit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
avant toute chose : une sinc&#233;rit&#233; toute nue,&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur, je vous rends gr&#226;ces pour ces maux et. le reste,&lt;br class='autobr' /&gt;
Laissez la solitude envahir mes passions&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant que la nuit p&#226;le, aux reflets d'une sainte,&lt;br class='autobr' /&gt;
Enivre mon coeur sourd a l'appel des humains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on voudrait, par-dessus tant de d&#233;chirement, lui tendre une main&lt;br class='autobr' /&gt;
fraternelle ! Digot prisonnier, reprenant une interrogation de Claudel, se&lt;br class='autobr' /&gt;
demande si le but de la vie est de vivre. La r&#233;ponse n'est pas dans sa pri&#232;re au&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur de la bonne mort ; c'est la Gen&#232;se qui nous enseigne que Dieu, le&lt;br class='autobr' /&gt;
sixi&#232;me jour, trouva bon tout ce qu'il avait fait. Le but de la vie est de vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce besoin de vie qui fait &#233;clater la col&#232;re de Ren&#233; Gibergues et inspire&lt;br class='autobr' /&gt;
son chant d'esp&#233;rance,&lt;br class='autobr' /&gt;
Batelier,&lt;br class='autobr' /&gt;
ton &#233;trange grandeur,&lt;br class='autobr' /&gt;
grandie par la temp&#234;te,&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;l&#232;ve au-dessus des ruines moussues&lt;br class='autobr' /&gt;
pour toucher aux vraies richesses&lt;br class='autobr' /&gt;
de la terre de l'esp&#233;rance&lt;br class='autobr' /&gt;
du monde- &#224; venir ;&lt;br class='autobr' /&gt;
ce m&#234;me besoin qui Justine les certitudes de paradis de Jean Marcenac, en d&#233;pit&lt;br class='autobr' /&gt;
de notre actuelle mis&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis&#232;re qui r&#233;concilie avec l'espoir,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis&#232;re qui r&#233;concilie avec nous-m&#234;me...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a plus de s&#233;r&#233;nit&#233; peut-&#234;tre dans les. Chants de l'exil&#233;, de M. l'abb&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sylvain Toulze, mais le m&#234;me fond de tristesse, le m&#234;me d&#233;sir d'&#233;vasion. L'exil&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
pense &#224; son village, &#224; sa maison, &#224; sa famille ; il &#233;voque les bonheurs de son&lt;br class='autobr' /&gt;
enfance paysanne avec une particuli&#232;re ferveur ; il s'agenouille devant tous les&lt;br class='autobr' /&gt;
sanctuaires que la pi&#233;t&#233; quercynoise a d&#233;di&#233;s &#224; la Vierge :&lt;br class='autobr' /&gt;
A ! quala escandilhada al cor, quand t&#244;t ac&#244;&lt;br class='autobr' /&gt;
Z'oc poirai abrasa de mos &#232;ls !...&lt;br class='autobr' /&gt;
H ANTHOLOGIE DES POETES QUERCYNC1S&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est encore un beau chant d'esp&#233;rance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sylvain Toulze, comme ses camarades prisonniers, ne parle pas de sa vie&lt;br class='autobr' /&gt;
de captif. Les hommes forts ne se plaignent pas. La captivit&#233; n'est pour eux que&lt;br class='autobr' /&gt;
le temps douloureux de la m&#233;ditation f&#233;conde et salutaire. Tous nous livrent&lt;br class='autobr' /&gt;
cette m&#233;ditation dans des po&#232;mes qui nous &#233;meuvent infiniment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons voulu, dans cette anthologie, comme jadis dans le M&#226;t de cocagne,&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;parer au lecteur des voies qui conduisent, sans trop d'accidents, au&lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux pays de Po&#233;sie. C'est pourquoi nous avons pr&#233;sent&#233; chaque po&#232;te ;&lt;br class='autobr' /&gt;
c'est pourquoi j'ai moi-m&#234;me essay&#233; de p&#233;n&#233;trer dans cette introduction le myst&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avouerai-je la vanit&#233; de notre louable dessein ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne suff&#238;t pas de comprendre ; il faut encore aimer, l'amour &#233;tant la perfection&lt;br class='autobr' /&gt;
de la connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ecoutons donc nos po&#232;tes et remercions-les de tout coeur de nous aider &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
aimer le Quercy, la France, et cette patrie fran&#231;aise qu'est le monde de l'universel&lt;br class='autobr' /&gt;
et de l'&#233;ternel.&lt;br class='autobr' /&gt;
JH. MAUREILLE.&lt;br class='autobr' /&gt;
Canors. le 11 novembre 1942.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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